PADD d'Arzon : Enjeux et Problématiques - Végétation

Document préparé par "Itinéraire Bis" dans le cadre du "schéma de mise en valeur de la mer" (SMVM) du Golfe du Morbihan.


La question du végétal est capitale, tant ce sont les arbres et les boisements qui donnent la silhouette et l'image du Golfe.
Mais si le Golfe endosse l'image d'une vaste zone humide et sauvage, il n'existe pour ainsi dire pas de boisements qui soient naturels : ils sont le fruit de l'évolution de l'action de l'homme sur ce territoire.
La perception que nous avons aujourd'hui est un emprunt d'image (...). A titre d'exemple, les pinèdes sont devenues quasiment emblématiques des paysages du Golfe, alors qu'au début du XIXème siècle elles n'existaient que sporadiquement sur ces côtes. L'analyse des cartes postales anciennes montre bien la relative jeunesse des ces boisements.


Port-Navalo au début du siècle :
paysage de landes sans aucune strate arborée (carte postale ancienne)



Des importations végétales

Pins maritimes (Pinus pinaster) et cyprès de Lambert (Cupressus macrocarpa) sont les exemples les plus courants de ce type de végétation.
Le pin maritime, souvent associé à la lande, a été introduit en 1820 dans le Morbihan pour mettre en valeur les terres pauvres, encore très présentes sur le Golfe (pointe d'Arradon, pointe du Blair, Ile aux Moines, rives du Vincin..., donc plutôt au nord du Golfe). Le cyprès de Lambert, introduit plus récemment, doit son extension à l'augmentation de la fréquentation littorale et à son utilisation comme essence ornementale et comme brise-vent (surtout sur la presqu'île de Rhuys et les îles, donc plutôt au sud du Golfe).
Plus récemment encore, d'autres essences, comme le mimosa, semblent prendre de l'importance et sont particulièrement visibles pendant leur floraison. Cependant, à l'inverse du chêne vert qui est spontané, le mimosa reste très sensible à des chutes de température en hiver, ce qui limite son extension.
L'utilisation "domestique" de certaines de ces essences a dépassé l'intention de départ qui était de constituer une simple haie brise-vent : ces haies sont devenues de véritables cordons denses de conifères dont l'impact est très fort (exemple : les cyprès brise-vent des champs de Beausoleil). Certaines de ces formations végétales appartiennent pourtant désormais au patrimoine végétal du Golfe.

 
Le logeo à travers les pins maritimes (carte postale ancienne) Le Golfe à travers les arbres remarquables du parc du château de Kerlevenan


Pinèdes et bocage juxtaposés

Une des particularités des paysages du Golfe est la rencontre qui se produit, dans un espace restreint, entre les pinèdes littorales et le bocage agricole. En effet, la répartition des boisements persistants le long du trait de côte produit une juxtaposition entre le bocage (lorsqu'il subsiste) et un cordon boisé persistant littoral plus ou moins profond en fonction des échancrures et de la typologie de la côte. D'ailleurs, peu importe l'épaisseur des haies ou des boisements (qui ne sont souvent qu'un épaississement des structures bocagères) : c'est leur situation littorale qui importe et qui forge leur impact. Cette position sur le trait de côte ne manque pas de provoquer des phénomènes d'érosion accélérés.


Bocage et pinèdes littorales depuis la Butte de César

Il n'existe pas de grands boisements, mais plutôt des bosquets qui ponctuent le bocage, sauf au niveau des vallées (comme celle du Vincin...) où les boisements occupent et mettent en valeur les reliefs.
Très peu d'espaces boisés sont accessibles au public.

L'agriculture en bord de mer est un élément très particulier du Golfe qui illustre la douceur du climat qui règne sur cette mer intérieure : c'est donc une forme particulièrement unique à protéger et à maintenir. Dans ce cadre, le bocage est un élément identitaire fort, pas toujours reconnu comme tel.

Champs de colza à travers des cyprès sur la côte arradonaise Agriculture littorale sur l'île Tascon

Le remembrement a profondément modifié le paysage, et pas seulement dans sa dimension agricole. Traditionnellement lié au bâti, il permettrait aujourd'hui d'intégrer les constructions récentes et de requalifier certaines limites ou voirie de lotissement et pourrait jouer un rôle dans le rééquilibrage du bâti comme forme intermédiaire entre espaces naturels et espaces construits. Mais l'équilibre est fragile entre la fermeture des vues sur la côte qui réduirait presque bientôt les vues à la seule pratique du sentier côtier, et le développement de formes de boisements linéaires (bocage). Les exemples de Kerlevenan ou de Kerisper montrent globalement un développement rapide des boisements qui tendent à obturer les perceptions de la côte du Golfe, à diminuer la profondeur du champ visuel, et finalement à, appauvrir les paysages possibles.


Disparition des vergers et de la vigne

"Depuis des siècles, les vignobles font partie intégrante du paysage de Rhuys. Point d'immenses étendues comme en Champagne ou en Bordelais, mais une infinité de petits lopins, parfois entourés de murs, parfois en plein champs, entre une parcelle de blé et une autre de sarrasin. Il suffit encore de feuilleter les cadastres pour retrouver les traces toponymiques de cette implantation.
De la vigne, il y en a donc un peu partout en presqu'île de Rhuys (...) Partout on replante : de Brillac à Bernon, la vigne de Beausoleil s'étend sur des centaines de mètres, de part et d'autre de la route (...) La grande époque se situe entre 1898 et 1906. Plus de 700 hectares pour la seule commune de sarzeau, 2604 pour toute la Presqu'île."
                                       Yvon Mauffret,Chronique d'une presqu'île.
Il y a peu de traces aujourd'hui de la présence des vergers et de la vigne. L'ensemble des vues aériennes de 1953 (...) rappelle pourtant l'importance qu'ont eu les vergers, tant autour des villages que sur le littoral.


Les landes

De vastes étendues de landes couvraient les côtes du Golfe, ainsi que les îles et les îlots. Ces landes étaient cultivées et entretenues pour le bétail. Aujourd'hui, les secteurs qui échappent à la pression urbaine et les parcelles littorales désertées par les agriculteurs "partent" en friche. De même, les landes non entretenues deviennent friches puis boisements. On assiste donc aussi de ce fait à la fermeture généralisée des paysages littoraux du Golfe.